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Saint-Benoît-sur-Loire

UN FILM DE RODOLPHE VIEMONT

VOIX-OFF DITE PAR OLIVIER PY


L'unique documentaire sur l'Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire

"Saint-Benoît-sur-Loire" est un documentaire d'auteur de 52 minutes sur l'Abbaye bénédictine de Fleury, dite Basilique de Saint-Benoît-sur-Loire du fait qu'elle contient les reliques de saint Benoît. Elle est située sur le village éponyme, dans le Loiret, le long de la Loire récemment classée Patrimoine Mondial de l'UNESCO.

Un documentaire historique

Le film nous fait revivre les 14 siècles d'existence du lieu, fait un bel inventaire de l'art roman, de la sculpture exceptionnelle de sa tour-porche et plus généralement de l'architecture du Moyen-Âge.
Ce monastère bénédictin fort de ses 45 moines se laisse raconter par le Père Abbé ; et c'est avec tendresse (ou poésie, au détour de vers de Max Jacob qui aimait à se ressourcer là) que l'on se laisse capter par la beauté du lieu. La voix-off (dite par Olivier Py) est à l'image de l'esthétique de ce film et de la doctrine bénédictine : "paix".

Un précis compte-rendu de la restauration contemporainne de ce chef d'oeuvre des Monuments Historiques

Mais le film est également une formidable découverte de ce qui vient de se passer ces 3 dernières années : le sauvetage et la restauration de notre patrimoine.
Régis Martin, architecte en chef des Monuments Historiques, vient de finir la restauration de la tour-porche et de sa formidable sculpture et ce film a suivi restaurateurs, tailleurs de pierre, sculpteurs, mouleurs durant de longs mois.

En plus d'un très précis documentaire historique sur le lieu, ce film est donc aussi un hommage au travailleurs contemporains de la pierre, qui permettent la préservation de nos lieux culturels / cultuels.

Exergue à la mise en ligne du film sur le site du Jour du Seigneur

"De la création à la restauration
Construite au début du XIème siècle, l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire a été restaurée à partir de 2003, soit près de 10 siècles après qu'elle a vu le jour.
A travers la fondation et la restauration, le réalisateur essaie de comprendre les liens entre les créateurs de l'édifice, et ceux qui travaillent de nos jours à sa restauration. "

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DESCRIPTION DE L'ABBAYE (CF. WIKIPEDIA)

L' abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, appelé également abbaye de Fleury, est une abbaye bénédictine de style roman située dans la ville du même nom dans le Loiret, près de la rive nord de la Loire.

Historique

Un premier monastère est fondé sur les lieux vers 651. Les reliques de Saint Benoît arrivent en 660 et donnent ainsi son nom au lieu. L’abbaye subit le pillage des Vikings du chef Hasting en 865.

Le monastère est réformé dans la première moitié du Xe siècle par Odon de Cluny. Deux abbés font de Saint-Benoît-sur-Loire l'un des centres culturels de l'Occident : Abbon (988-1004) et Gauzlin (1004-1030). L'abbaye rayonne alors grâce à son importante bibliothèque et son scriptorium. Les bâtiments subissent plusieurs destructions par les Normands, puis par un incendie en 1026. L'édifice actuel est reconstruit à partir de 1027 par Gauzlin, abbé de Saint-Benoît. La Tour-porche est commencée en premier.

L'abside, la crypte et le chœur sont achevés et consacrés en 1108, permettant l'inhumation la même année dans le sanctuaire du roi Philippe Ier. La nef est poursuivie pour rejoindre la tour-porche avec des arcatures gothique L'essentiel du bâtiment est achevé vers 1218. Les stalles sont mises en place en 1413 et l'orgue en 1704.

La communauté monastique est dispersée au cours de la révolution française. Elle reprend possession des lieux à partir de 1864. La véritable refondation a lieu en 1944 avec l'arrivée d'une dizaine de moines de l'Abbaye de la Pierre-Qui-Vire en Bourgogne. L'abbaye, rattachée à la Congrégation de Subiaco, compte aujourd'hui une quarantaine de religieux, accueille plusieurs centaines d'hôtes chaque année et près de cent mille visiteurs, simples touristes ou pèlerins. Les frères vivent de la boutique d'artisanat monastique, de la fabrication de bonbons en forme de moines, de l'accueil et de dons. Contrairement à la Congrégation de Solesmes, Saint-Benoît-sur-Loire accorde une large place au français pendant les offices tout en conservant le chant grégorien à la messe et pour les fêtes principales.

Architecture de l'abbaye

Le portail

Le tympan est situé au nord de l'édifice et comporte un tympan richement orné : Le Christ en majesté trône au milieu des quatre évangélistes, Saint Jean et Saint Matthieu le regardant et Saint Marc et Saint Luc détournant leur regard vers leur symbole respectif (les deux derniers n'ayant pas connu directement le Christ). Les anges et les autres apôtres forment deux arcatures.

Une frise racontant le retour des reliques de Saint Benoît se situe au pied de Jésus.

La tour-porche

Elle est très caractéristique de l'abbaye. Elle a été construite sur un plan presque carré. Mais sa date d'édification est soumise à débats : certains considèrent qu'elle a été élevée par Gauzlin, juste après l'incendie de 1026. Située à l'ouest de l'abbatiale, elle comporte trois rangées de quatre colonnes sur un rez-de-chaussée et un étage, le premier faisant 6,60 mètres de haut, le second près de 10 mètres.

Les chapiteaux en sont remarquables par la qualité et le détail des sculptures. Au rez-de-chaussée dominent des chapiteaux en feuilles d'acanthe (ordre corinthien) et en palmettes : leur sculpteur, Umbertus, s'est inspiré de la tradition romaine. Les autres chapiteaux figurent des épisodes bibliques (vie de la Vierge Marie, vie de Saint Martin), mais aussi des scènes champêtres ou de la vie quotidienne.

Abside et nef

Elle est romane vers le chœur et gothique vers la tour-porche.Le chevet est entrepris sous l'abbatiat de Guillaume (1067-1080) mais il est consacré après sa mort en 1107. L'abside romane, construite entre 1060 et 1108, est éclairée par cinq vastes fenêtres, inhabituelles à cette époque, situées au-dessus d'une arcature aveugle, le triforium. Le sol est décoré d'un pavement en pierres, marbres et porphyres, multicolores et de forme géométrique. Il semble exister dès l'origine de l'abbaye et serait peut-être un vestige de l'ancienne église construite sur ce lieu (IXe siècle). Le tout est complété par des chapiteaux historiés, décrivant en particulier le mythe d'Adam et Ève ainsi que le sacrifice d'Abraham, et naturellement, Saint Benoît. Le tombeau de Philippe Ier est visible, côté nord du chœur.

La nef qui la poursuit pour rejoindre la tour-porche, lui est postérieure (XIIe siècle), ce qui explique le changement de style.

La crypte

En son centre est situé un grand pilier creux où repose la châsse des reliques de Saint Benoît. Le déambulatoire est formé de deux voûtes en plein cintre reposant sur des colonnes massives.

Hôtes célèbres

Philippe Ier était un dévôt de saint Benoît et demanda par humilité à être enterré à Fleury plutôt qu'à Saint-Denis.
Le poète Max Jacob a fait plusieurs séjours dans le village et à l'abbaye. Il est arrêté par les Allemands le 24 février 1944 avant d'être déporté. Il meurt un mois plus tard. Il est enterré dans le village de Saint-Benoît.

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EXTRAIT DE LA VOIX-OFF DU FILM DOCUMENTAIRE "SAINT-BENOÎT-SUR-LOIRE"

J’ai laissé mon nom gravé dans le tailloir de la pierre blanche. "Unbertus me fecit", "Unbertus m'a fait". Je l’ai inscrit il y a presque 10 siècles, peu après 1035.
Combien de sculpteurs ont travaillé avec moi à ce programme, unique dans la Vallée de la Loire, chef d’œuvre de la Basilique ? Chacun y va de son avis ; reste que moi seul posait ma signature sur l’édifice, pour l’éternité.

L’édifice était né encore plutôt sur le lieu-dit de Fleury. C’est en effet vers 651 que la toute première église mérovingienne (« Fleury I », pour Fleury première période) vit le jour au cœur de la forêt orléanaise, là où, au début du millénaire, avaient lieu de grands rassemblements druidiques.
Riche de ces forces telluriques, l’abbaye trouva dès son établissement paix et sérénité au cœur de cette vallée ligérienne, classée Patrimoine Mondial de l’UNESCO pour ses paysages, son architecture et sa vie typique : pays horizontal de douceurs et de crues fertiles, tel est l’œuvre du plus majestueux des fleuves français. Fleury, communion des forces divines et des éléments naturels, où le poète Max Jacob, 9 siècles après mon travail et peut-être aussi grâce à lui, trouva une forme d’équilibre, source féconde d’illuminations poétiques et spirituelles.

« J’attends la paix du soir dans tes plaines fertiles,
Orléanais ! faucille oubliée sur les champs
La Loire est l’éternel emblème des durs travaux d’Adam. »

Dix siècles d’histoire architecturale, humaine et religieuse nous séparent, vous et moi. Mais les choses n’ont pas tant changé : les 45 moines qui aujourd’hui encore gardent ce lieu sacré vivent près de leur saint patron selon la même règle bénédictine : PAX (Paix).

L’histoire de Fleury vous reste, à vous contemporains, très mystérieuse. Nombre de vos questions resteront à jamais sans réponse. Le pillage de notre grande bibliothèque lors des Guerres de Religions, vers 1561, vous laisse à jamais ignorant d’une partie de notre histoire.
Les fouilles que vous entreprenez vous apporte quelques bribes de réponse, mais si peu. Et c’est peut-être d’ailleurs pour ces mystères que vous trouvez ce lieu si puissant.

De Fleury I, vous ne connaissez que peu de choses. Les fouilles de 1923 ont permis de dégager à la croisée du transept actuel une partie du sol d’origine et c’est à peu près tout ce que vous savez de l’édifice mérovingien.

Riche de son reliquaire, l’abbaye devient très vite un haut lieu de pèlerinage, la règle de saint Benoît s’étendant de plus en plus dans les communautés carolingiennes. Mes prédécesseurs agrandirent alors l’édifice vers 883 en ce qui allait devenir Fleury II.

De ce nouvel édifice, vous retrouvez lors des fouilles de 1958, à la croisée du transept, la fosse à reliques, d’un pavement de briques et de pierres, en cercle, qui contenait en son temps les ossements de saint Benoît. Vous retrouvez aussi la crypte de Saint Odon.

L’abbaye, peut-être alors la plus importante de tout le royaume, était un centre d’étude réputé, riches de nombreux étudiants. Elle possédait l’une des plus riches bibliothèques de toute la chrétienté. La renommée de ses copistes était immense. Parmi les plus beaux manuscrits carolingiens venus jusqu’à nous, on trouve deux bibles, dites de Théodulfe, sorties probablement du scriptorium de Fleury. On trouve aujourd’hui un exemplaire de cette bible en la Cathédrale du Puy-en-Velay.

(…)

Et c’est au milieu du 11ième siècle que nous avons entrepris le très gros chantier de Fleury III, telle que vous la connaissez aujourd’hui.
En 1004, Gauzlin devient abbé de Fleury. Il s'emploie à continuer l'œuvre de ses prédécesseurs, en faisant respecter les privilèges de sa communauté obtenus auprès du Pape Léon VII au 10ième siècle. Administrateur énergique et mécène fasciné par l'art antique, il ramène d’Italie l’exceptionnel dallage de marbre et de porphyre que l’on installe au cœur du sanctuaire. Dissocié au 17ième siècle par les mauristes pour réaménagement de l’autel, vos fouilles de 1958 l’ont heureusement rétabli à son emplacement initial.

Mais plus encore que ce dallage, ce qui fait la notoriété de Saint-Benoît-sur-Loire, c’est sa tour porche, MA tour porche, débutée à la demande de Gauzlin vers 1020.
Cette célèbre tour, devenue au 12ième siècle tour-porche, lorsque Fleury III se raccorda à elle, sert aujourd’hui d’entrée à la basilique. A l’époque, la tour était distante de Fleury II, séparée par un paradisus, c’est-à-dire un parvis, d’une trentaine de mètres. L’intention de Gauzlin était d’élever un monument qui fut « un exemple pour toute la Gaule ». Construite en pierre de taille que l’on fit venir par le fleuve depuis Bulcy, près de Nevers, la tour n’était pas encore achevée à la mort de Gauzlin en 1030.

Pour la gloire de saint Benoît mais aussi la grandeur politique de l’abbaye, à la suite de la construction de la tour, l’abbé Guillaume fit rebâtir entièrement l’église, un chantier qui débuta vers 1067. 40 ans de travaux pour le nouveau sanctuaire, 130 ans pour l’ensemble de l’église, nef comprise.

Cette reconstruction, vers Fleury III, fut vue en grand : la nouvelle voûte du sanctuaire était une des plus larges et plus hautes de France à l’époque. L'élévation à trois niveaux (grandes-arcades, arcature aveugle, fenêtres-hautes) était profondément novatrice. L'originalité de l’édifice réside dans le choix d'une arcature ininterrompue, unissant toutes les parties du sanctuaire, effaçant les dénivellations des grandes-arcades. Mais il convient surtout de souligner l'audace dont notre architecte fit preuve en plaçant au-dessus de cette élévation une voûte en berceau. Comme beaucoup d'architectes de la fin du 11è siècle, il tenta de repousser les limites techniques. Il prit le risque de fragiliser la construction pour préserver un éclairage abondant, autrefois réservé aux églises charpentées. Ce même goût de la luminosité se retrouve dans le déambulatoire, l'un des plus clairs et des plus aérés de son époque, avec ses vastes bais séparant les chapelles.

Une série de chapiteaux placés aux doubleaux du chœur, au-dessus des reliques de saint Benoît, illustre les miracles du saint et un véritable cycle iconographique se développe, même si les sculptures sont peu visibles du sol.
Le 11 juillet 1108, on put enfin consacrer les deux autels du nouveau chœur, le premier dédié à la Vierge et le second, à saint Benoît, dont les reliques sont alors déposées dans la crypte.
Elles y restèrent jusqu’à la Révolution Française où un paroissien, Simon Gaudry, les cacha dans le grenier de sa maison… et ce jusqu’au retour des moines en 1891. Elles sont de nouveau aujourd’hui dans le pilier central de la crypte.
Après quelque temps d’arrêt des travaux au milieu du 12ième siècle, on se mit à construire la nef, à partir de 1150, en deux campagnes au moins.
On construisit d’abord les trois premières travées avec les mêmes matériaux que le chœur et en continuité avec lui. Les fenêtres sont situées à la même hauteur que celles du sanctuaire, avec le même cordon à leur base. Les quatre dernières travées vers l’ouest ont au contraire des fenêtres plus hautes. La nef atteignit enfin la tour-porche et s’y raccorda vers 1200 ce qui eut pour effet d’obstruer les ouvertures orientales de celle-ci. La dédicace de la basilique fut célébrée le 26 octobre 1218.

Fleury poursuit, fervente, sa vie intérieure tout au long des 12ième et 13ième siècles.
Sa prospérité dura jusqu’à la Guerre de Cent Ans. Pour exemple de l’influence politique de l’abbaye, celle-ci entretenait des relations privilégiées avec les premiers Capétiens. En août 1108, on déposa dans la basilique le corps du roi Philippe 1er, qui avait demandé à être enterré près de saint Benoît plutôt que dans la basilique des Rois de France à Saint-Denis. Vous retrouvez sa tombe, inviolée depuis 850 ans, lors des fouilles de 1958, sous le dallage du sanctuaire. Vos pèlerins contemporains peuvent aujourd’hui admirer dans le chœur actuel de l’église abbatiale son gisant sculpté au 13ième siècle.

Malgré la convergence et la précision des textes de mes contemporains, beaucoup de vos historiens ont voulu attribuer la tour porche à une période plus tardive du 11ième siècle.
En effet l'extrême qualité de son architecture et la complexité des solutions adoptées ne correspondaient pas à l’idée que vous vous faisiez de l’art de la première moitié du siècle. Toutefois cette vision évolutionniste quelque peu caricaturale a été ensuite remise en question par un certain nombre. Mais il est vrai que notre travail fut fort précoce dans ce qu'il est convenu d'appeler l’art roman et joua un rôle considérable dans la naissance de tout un style.

Imposante par sa masse architecturale, la tour-porche demeure une œuvre unique en son genre. La puissance et l'abondance de ses piliers témoignent de l'ambition du projet. Au rez-de-chaussée, les quatre piles de la partie centrale, dépourvues de socles, divisent l'espace en neuf carrés sensiblement égaux. Ces 9 travées sont délimitées par de grosses piles toutes cantonnées de demi-colonnes.
Les faces antérieures, droite et gauche, sont percées, sur les deux niveaux, de trois ouvertures : arcades au rez-de-chaussée, grandes baies enveloppées par des arcs de décharge à l’étage. Le coté est, à l'origine semblable aux autres, a été transformé lorsque la nef de Fleury III rejoignit la tour-porche et s’enfonça en elle : les 3 ouvertures furent transformées en absidioles prises dans l'épaisseur de la maçonnerie.
Il est évident qu’à l’origine, lorsque nous construisîmes la tour, son raccordement avec le sanctuaire n’avait nullement était envisagé. Ce n’est qu’au 12ième siècle que la tour isolée est devenue clocher-porche.

La tour est de plan carré, comme beaucoup au Moyen-âge. Elles étaient souvent une image de la Jérusalem céleste ; et ce symbolisme est particulièrement clair ici : comme la ville décrite dans l'Apocalypse au chapitre 21, la tour est de plan carré et chacune de ses faces est percée de trois ouvertures et de 12 portes, image de l’Eglise du Ciel où Dieu sera tout en tous.

« Sa longueur égale sa largeur. Elle a 12 portes : 3 à l’orient, 3 au nord, 3 au midi, 3 à l’occident et elle ne ferme pas parce qu’en ce lieu il n’y a ni jour ni nuit. »

Le côté gauche de la tour est mon orgueil. Il offre l'un des premiers essais de programme de façade dans cette partie de la France, avec une série de plaques sculptées disposées en frises. La principale de ces plaques représente la lapidation de saint Etienne, scène qui sera très largement reprise par mes collègues et deviendra l'un des thèmes majeurs des portails romans. Riche, novateur, cet ensemble de sculptures devait connaître un immense succès, tout au long du 11ième siècle, dans la vallée de la Loire, le Berry et même le Poitou et la Normandie.

Tout le talent de mes sculpteurs fut déployé pour les chapiteaux de la tour-porche, 54 au rez-de-chaussée, 74 à l’étage, qui marquèrent même de mon temps les consciences par leur beauté et leur complexité.

A la nouvelle et puissante architecture de la tour devait correspondre une sculpture monumentale et novatrice. Le recours systématique aux modèles corinthiens ne doit pas leurrer : il ne s'agit que d'un cadre commode, propice à des expériences nouvelles sur le chapiteau historié ou figuré : en effet les proportions de ces ornementations sont plus écrasées que dans l'Antiquité et le schéma plus approximatif.

On dit de vos jours que ces chapiteaux historiés sont de vrais chefs d’œuvre de la sculpture romane et c’est toute notre fierté. Leur thème principal, l'Apocalypse et ses prophéties, illustre ce qui était pour nous la fonction symbolique de l'architecture.

Voici trois exemples de mon travail :

Sur le parvis, le pilier à droite de l'entrée centrale présente trois chapiteaux évoquant des scènes importantes du livre de saint Jean :
1) de face : le Christ glorieux se manifeste à saint Jean prosterné... que l'on voit aussi agenouillé recevant le message qu'il doit envoyer aux sept Églises d'Asie symbolisées par autant de chandeliers.
2) à gauche, l'Agneau immolé debout sur l'autel ouvre le livre aux sept sceaux. Alors, apparaissent les quatre cavaliers porteurs des fléaux qui précèdent la fin des temps. Sous l'autel de l'Agneau, les martyrs qui ont donné leur sang pour le Christ.
3) à droite, des personnages les mains levées présentent au Christ le livre de leur vie. A l'autre extrémité, en haut, dans une tour de la Jérusalem nouvelle, les élus se pressent contre Lui. Au-dessous, séparés du Christ par une muraille crénelée, deux damnés, les mains devant la bouche, émergent de l'étang de feu.

Au centre de la tour, se trouvent les deux chapiteaux les plus remarquables.
Tout d’abord : la Fuite en Egypte et la persécution d'Hérode d’après l’Evangile selon saint Mathieu. On trouve ici une des dernières traces de polychromie, toute petite trace rescapée du passage à la chaux de l’ensemble de l’édifice vers 1630 par les mauristes.
Sur le côté droit du chapiteau la Femme de l'Apocalypse et le combat de Saint Michel contre le dragon, Satan... Enfin, sur le côté gauche, la Vierge en majesté présentant au monde l'Enfant-Roi.

Second chapiteau : saint Martin partageant son vêtement avec le pauvre... Au centre, il est élevé au ciel dans la gloire par deux anges. Au volet droit, le dragon est terrassé aux pieds de l'ange à l'encensoir.

Mais on voit également sur mes chapiteaux pulluler de petites figures ornementales, souvent empruntées au répertoire des manuscrits enluminés. L'édifice est orné d'une magnifique floraison de sculptures dont le style et la composition florale, zoomorphique et iconographique mérite votre admiration.

Cette tour marque un vrai tournant architectural. Comme dans la crypte de la cathédrale d'Auxerre ou le chœur de Bernay (édifices sensiblement contemporains), nous avons mis en place des solutions romanes. Toutefois, il ne s'agit pas encore d'un système normalisé. Loin d'être l'expression d'un art mûr, notre recherche de complexité correspond à une phase expérimentale, excessive presque, dans son désir d'animer les parois, de diversifier les masses. Notre architecte n'a pas toujours su résoudre les problèmes nouveaux posés par des supports composés complexes et, de surcroît, diversifiés en fonction de leur emplacement. Aussi les retombées des arcs s'effectuent-elles parfois difficilement. L'architecte a également dû résoudre des problèmes d'implantation presque insolubles, compte tenu de l'écart considérable de dimension entre les piles centrales et celles de l'enveloppe, au rez-de-chaussée du moins.

(...)

De mon 11ème siècle, je vous adresse mes remerciements. Vous avez fait les choses bien. Votre travail, méticuleux et généreux, a redonné une fraîcheur toute appréciable à ma tour.
10 siècles nous séparent, mais vous êtes bien les dignes héritiers de mes sculpteur : nous avons les mêmes exigences, le même amour des belles pierres et le même respect de nos lieux de culte.
Je dois louer votre tâche, très respectueuse de mon époque, de son univers, de son message et de son esthétique.
Cette restauration est un succès. Elle est votre succès, le succès des 50 personnes qui y ont œuvré, passionnés, spécialistes et esthètes de mon travail.
Remise à neuf, la tour porche Fleury se dresse comme il y 10 siècles, belle et fière, sur la Loire, pour désormais 1000 ans de plus.

(c) Soleil Cherche Futur 2008.
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